Christine Delbecq

Christine Delbecq > Oeuvres > peinture

Peindre avec ou sans pinceaux.

Entre 1997 et 2010 je peins des pieds.
Et des blocs.
Pendant 13 ans.
Par un, par deux, en masses, en murs. Ils cherchent l’équilibre, se cherchent face à un autre. J’avais en tête des sculptures immenses mais ne trouvais pas comment les réaliser. Les peindre leur a permis de vivre.

Plus tôt et pendant sept ans, j’avais fait des colonnes vertébrales en terre. Qui sont devenues ligne oblique scindant l’espace des peintures. Puis j’ai ajouté des fils à plomb.
Pieds et blocs aux débuts, énormes, tenaient à peine sur les toiles de 2/2m. Ou bien ils étaient minuscules et peints sur des bouts de bois de 15/15cm. Peu à peu ils sont devenus entiers, puis ils ont pullulé sur une même surface.

En 2009 je pars marcher au Groenland.
La toile cousue juste avant se déroulait au sol, 10m sur 2,10 m, je voulais qu’on marche dessus.
Très difficile de présenter toiles, dessins ou volumes traditionnellement. Je faisais des socles aux peintures ou les posais de biais contre le mur (Les nonchalamment appuyées) , je pendais les volumes et ils pesaient de leur poids (Les pierres et vies froissées).
J’ai marché au Groenland.
La dernière des toiles peintes au retour, a glissé jusqu’au sol, inachevée. C’était juste, j’ai posé les pinceaux, et sont apparues les installations.

Je construis les installations avec le goût des gestes et des matériaux simples. Un laboratoire d’actions pour faire tenir par soustraction. En 2013 j’ai manipulé du papier et des scotch . En 2018 j’ai pris des plaques de bois et des agrafes. Imposant de nouveau la question du plat et des plans. Ce faisant j’ai accumulé des centaines de photos en grands paysages.

La peinture est revenue. Sans pinceaux.

Les SouslèvErtsCarrés - peinture


1/12 00A Les SoulèvErtsCarrés peinture. Exposition /On a penché l’horizon/, Dijon, 2021.
1/12 Les SoulèvErtsCarrés peinture. Exposition /On a penché l’horizon/, Dijon, 2021.

Après La glissée j’ai pensé ne plus jamais peindre.

C’était sans doute une question d’outils.

En 2012 et 2013, après une résidence à Bombay, dans le cadre du projet « 50ans d’amour » initié par Vincent Lauth , réalisateur documentaire, pour le collectif dijonnais Hypothèse 222, j’ai travaillé avec des scotchs, de la peinture sur papier par superposition d’absences : ce sont les Mumbai game cube.

Depuis 2018, la fabrication des SoulèvErts, installation matrice, remet à l’œuvre les questions de surface et de plans, et leur présentation par rapport au mur et au sol. La surface elle-même se forme par agrafage et martelage, puis déchirage lent du papier blanc en lambeaux. Une construction qui allie détermination - positionnement des feuilles A4 et A3 et hasard - et spontanéité - attraper pour les agrafer les lambeaux qui s’envolent.

Ce qui me fascine, c’est la différence pour le regard entre la vision du même processus à plat et vertical, en biais et de face, de loin et de près.

C’est une peinture qui revient, sans pinceaux ni brosses.

2018/… Série en cours, dimensions et configurations variables. Acrylique, huile, papier, agrafes sur contreplaqué.

Mumbai game cube


1/8 01 Mumbai game cube, La minoterie Dijon 2014
1/8 Mumbai game cube, La minoterie Dijon 2014

Après six semaines de travail auprès de jeunes issus des rues à Bombay, au sein du collectif H222 et sous l’œil du réalisateur Vincent Lauth, nous préparons une exposition transportable par avion. Les installations ChaosCarton, nourries de ce séjour, ne le peuvent pas.
Mumbai game cube, série de pliages dépliables, fait écho au contraste des couleurs indiennes avec la poussière mate omniprésente, aux saris sur lesquelles dorment des femmes dans la rue, aux 16 cubes en bois de même taille fabriqués et peints avec les jeunes.

Mumbai game cube marque une étape importante dans le retour au travail par plans, après l’abandon de la toile dans La glissée en 2009. Peinture par superposition d’absences (travail au scotch crêpon), manipulations variées du support, simplicité des matériaux : tout est là.

2013/14 : format plan de cubes 120/120cm de côté avec rabats, papier à murs, acrylique. Présentations diverses.

GroenlandRouges


1/11 01 GroenlandRouge, acrylique sur toile libre 3,50 x 2,10 m
1/11 GroenlandRouge, acrylique sur toile libre 3,50 x 2,10 m
Lettre à Jean Malaurie

Fin 2008, une amie danoise me dit : "viens, tu peins déjà le Groenland, viens..."

Je peignais à ce moment-là des blocs de glace, blancs sur gris, bleus sur noirs, je marchais dans l’eau de grandes toiles cousues déployées au sol : Mais où j’ai mis le pied ?

En 2009 je rentre du Groenland avec des carnets pleins de lignes d’iceberg. À l’atelier ne me restaient que des feuilles rouges.
J’ai tout transposé, se sont posés les Rouges de glace, qui sont devenus de grandes toiles : les GroenlandRouges. .
Un embrasement de Groenland.

2009. Acrylique, huile et craie noire sur papier 50/70cm. Acrylique sur toile libre 350/210cm. Acrylique sur bois 75/65cm.

Après


1/10 Après
1/10 Après

Après le Groenland et l’embrasement des rouges, les blocs se sont couchés, les lignes étalées, les couleurs se sont éloignées les unes après les autres.

Après, une peinture a glissé.

2009. Acrylique et huile sur toiles libres. 350/210cm.

La Glissée

La Glissée.

Automne 2009 : après les Rouges de glace, les Groenland rouges, après les Après, je butte. Plus rien ne va.
Un jour que je téléphone pinceau en main, cette toile qui me nargue glisse.
Je me retourne.
Je sais, et je pose les pinceaux.
J’épingle au mur la trace du rectangle originel, je pose au pied des morceaux de volumes en papier qui attendent dans l’atelier. Je la range ainsi que tous pinceaux.
Mais la question du support et de son rapport à l’espace se propulse en avant.

2009. Acrylique sur toile libre, grillage, papiers de soie, lanière de drap peint en noir. 350/210cm.

Grandes Vagues de Pierre


1/10 Grandes Vagues de pierre
1/10 Grandes Vagues de pierre

Les grandes vagues de pierre : une masse de blocs qui s’éboule et craque, une colonne et ça butte, des chutes.

2008. Acrylique sur toile libre. 240/215cm.

Mais où j’ai mis le pied ?


1/2 01 Mais où j’ai mis le pied ? Présentation au Centre d’art de Tanlay, Nov 2009
1/2 Mais où j’ai mis le pied ? Présentation au Centre d’art de Tanlay, Nov 2009

Quatre toiles cousues, reprises de la série Tricot des jours, font un rectangle de 3,50/8,40 m.
Je le déroule au sol avec le pied.
On marche dessus, dans la glace et l’eau.
C’est à cause de cette toile que je suis partie au Groenland.
Elle fait un angle, au fond, avec La fille au jupon.

2008. Acrylique et huile sur toiles cousues. Tube de carton.

CarrésPieds, Lanières


1/8 CarrésPieds
1/8 CarrésPieds

Ces grands dessins ont été la dernière variation dans un cycle de 12 années dédiées aux pieds. Dans l’atelier tendu de lanières noires j’ai suspendu des boules de papiers, les Vies froissées - abandonnées - et j’ai vu les premiers parallélépipèdes évidés.

Dans cette double série les pieds marchent seuls, s’opposent ou se couplent, répondent parfois aux lanières ou aux Boules de vie.

2010/15. Huile et craie noire sur papier canson marouflé sur plaques de polycarbonate, huile d’oeillette. 120/120 cm ou 150/150 cm.
Présentation : isolés ou en diptyques

Le tricot des jours

Le tricot des jours

L’écriture sans mots devient écriture des jours, un tricot du temps troué de rouges.
Un premier journal du temps, avant les paysages du temps.

2007. Acrylique sur toile libre. Ici exposition dans le cadre de la résidence au collège Malraux, Dijon.350/210cm.

Un mur qui bouge

Un mur qui bouge

2000. Huile et acrylique sur toile libre, 210/90cm. Exposition Voyage en art’chéologie, musée archéologique de Dijon, 2001